Blog de l'association La Semilla

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samedi 22 septembre 2018

L'Esprit de la fête : un documentaire auto-produit pour les Koguis (et pour le monde...)

Lorsque nous nous sommes lancés dans cette aventure de réaliser un documentaire la fête traditionnelle des indiens Koguis pour répondre à leur désir, nous étions loin d'en imaginer le chemin. Nous répondions tout simplement à une nécessité qui s'exprimait devant nous et à laquelle nous percevions un sens encore plus grand que ce qu'il paraissait. Aujourd'hui, nous sommes sur le point de le terminer. Pour y parvenir, nous lançons une campagne de financement participatif (crowdfunding) et faisons appel à votre générosité sans laquelle rien n'aurait pu commencer.

Nous avons eu la chance de rencontrer, au début de notre chemin, l'association colombienne Seïneken dont le savoir faire est justement centré sur la réalisation de documentaires dans cet environnement à la fois difficile et merveilleux qu'est la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie, la plus haute montagne du monde en bord de mer, qui abrite en son sein une culture indigène millénaire porteuse d'un trésor de sagesses et de connaissances. Notre marche a ainsi commencé avec l'association Seïneken (*) qui s'est jointe à nos voyages jusqu'à Yinkuamero. Résultat : sept voyages et plus d'une 33 jours de tournages en terre Koguie, des jours de traduction "Kogui -> Espagnol" (viendront les traductions espagnol -> français), un long travail de classification et d'édition. En décembre dernier, un premier fruit se détachait : nous projetions aux Koguis leur version du documentaire (40 minutes), nous leur remettions une copie du matériel "brut" (images, sons, vidéos), une cinquantaine de photos et réalisions une première projection en pleine Sierra Nevada !

Projection_dans_la_Sierra.png

Le premier objectif était rempli ! Pourtant, il nous restait encore à produire "la version pour le monde", un moyen métrage. Ce projet vise en effet à aider à la préservation de la culture merveilleuse des indiens Koguis mais aussi à porter un message de recherche d'harmonie avec la nature vers notre "monde moderne" qui se contente trop souvent de "petit pas" dans ce domaine. Paradoxalement la réalisation de ce "second" documentaire s'avéra plus difficile. Nous nous sommes assez rapidement et naturellement orientés vers un documentaire qui donne la parole directe aux Koguis et en particulier au mamá Juan Conchacala, une des autorités spirituelles principales de leur peuple et un des derniers mamás vivant à avoir reçu la formation complète, pendant plus de vingt ans dans les grottes de la Sierra Nevada. Un trésor de connaissances encore vivant... Nous ne voulions pas de "voix off" qui parlerait à la place des Koguis, pas d'un journaliste qui jouerait le rôle d'intermédiaire ni de chercheur qui nous expliquerait à leur place ce qu'est leur culture. Si cette volonté était ferme et sincère, la concrétiser s'avérait difficile : comment rendre ces paroles - qui viennent de la nuit des temps - accessibles et porteuses de sens pour quelqu'un qui vit à Paris ou Madrid ? A un moment, nous avons cru ne pas y arriver et pensé devoir faire appel à une société de production. L'inconvénient : nous aurions perdu la main, une partie importante des droits et les Koguis aussi (**).

Mais un scénario a émergé et des personnes sont apparues pour nous permettre d'aborder cette dernière ligne droite (qui n'est jamais totalement droite dans la Sierra). Plusieurs professionnels de l'audio visuel nous ont généreusement aidé avec leurs conseils, leur travail et/ou leur matériel. Ils s'appellent Patricia, Antonio, Régis, Nacho ou Chris. Grâce à eux, le travail est presque terminé et nous avons pu rester sur la ligne que nous souhaitions: un documentaire auto-produit qui donne la parole directe aux Koguis.

Alors il nous reste encore quelques scènes à filmer et un travail d'édition pour le terminer : la dernière étape. Ensuite il nous faudra le présenter aux Koguis tout d'abord puis à différents sites en Colombie. Pour pouvoir terminer ce rêve et le partager avec vous tous en gardant cette indépendance, nous faisons appel une seconde fois à votre générosité au travers de cette campagne de crowdfunding via la plateforme Hello Asso.

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Merci d'avance !

(*) en langue Koguie "Seïneken" signifie la "Mère Universelle" ou Principe féminin, de la même manière que "Seïyankua" signifie le Père Créateur. (**) Précisons qu'un indien Kogui est vice-président de l'association LA SEMILLA Colombie et que nous avançons en renouvelant constamment l'accord de la communauté et du mamá Conchacala lui-même en relation régulière avec les autres autorités traditionnelles principales de la Sierra. Cette recherche constante d'accord est même intégrée dans les statuts de nos associations.

mercredi 23 mai 2018

París y Madrid, juntas: La Semilla en el “La semana de la solidaridad” del Liceo Francés de Madrid

Les associations de Paris et de Madrid ensemble: La Semilla lors de la semaine de la solidarité au Lycée français de Madrid.

Texto colectivo escrito por los participantes al evento

El 17 de mayo pasado, en un día madrileño típicamente soleado, La Semilla (Paris) junto con la recién constituida La Semilla España, unieron fuerzas en “La semana de la solidaridad” del Liceo Francés de la capital española. Este día, cuatro voluntarios originarios de España, Francia y Colombia se dirigieron a un auditorio de aproximadamente 400 estudiantes, profesores y miembros de ONG’s para dar a conocer la labor que lleva a cabo La Semilla en Colombia, resaltando de manera general la importancia biológica y cultural de la Sierra Nevada de Santa Marta y compartiendo coloquialmente las razones que llevaron al fundador de la asociación y a cada uno de los voluntarios presentes, a unirse al proyecto.

Stand_ninos_.jpg

El eje central, tanto de la charla como de los contenidos del stand que se montó paralelamente, fue la cultura de “los hermanos mayores”, los pueblos indígenas que habitan y cuidan el denominado “corazón del mundo”; cómo a partir de un proceso totalmente concertado con ellos la asociación está teniendo el honor de apoyarles en la preservación de su cultura y su entorno. Compartieron con jóvenes y adultos relatos tan coloridos y significativos como:

  • la consecución de plumas de Guacamayas e Ibis rojo usadas para ceremonias sagradas en partes altas de la Sierra Nevada,
  • la grabación y posterior proyección a los indígenas del documental sobre la fiesta de verano ("Uxa"),
  • el simple y trascendente ritual de las mujeres tejedoras de mochilas
  • y lo que significó conocer la Sierra Nevada y sus habitantes.

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En resumen: una jornada maravillosa de divulgación y sensibilización donde se puso de manifiesto una vez más que una de las herramientas más preciadas, junto con la palabra, es hablar desde el corazón.

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Agradecemos al Liceo Francés esta oportunidad de compartir y a todos los participantes, especialmente a los niños y jóvenes que dejaron un mensaje escrito para llevar a la comunidad Kogui con la que La Semilla teje lazos. En el sitio Internet del Liceo Francés de Madrid, podrán encontrar el relato y un vídeo de esta semana de solidaridad.

mercredi 31 janvier 2018

2018 : Continuez ou commencez à cheminer à nos côtés !

En ce dernier jour de janvier, nous remercions une fois de plus tout ce qui nous ont soutenu durant cette année 2017. C'est en effet grâce à vos dons et à l'aide de certaines personnes qui nous aidées sur le terrain, que nous avons pu mener à bien les projets mentionnés dans les articles de ce blog.

Tout d'abord (il est encore temps...) : Bonne année 2018 ! à celles et ceux à qui nous ne l'avons pas encore souhaitée avec cette très belle carte, dessinée par Paola membre de notre CA.

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Nous voulons évidemment vous inviter à continuer à nous soutenir car nos projets nécessitent une aide financière et les dépenses que nous effectuons sur le terrain, ce sont aujourd'hui vos dons. Pour devenir membre e LA SEMILLA ou renouveler votre adhésion, vous trouverez une page dédiée sur la plateforme Hello Asso (cliquer sur l'image) :

Adhesion_La_Semilla_2018.png

Remarque: d'autres moyens que la souscription en ligne sont aussi possibles, voir ici.

Continuer ce chemin, tisser un lien avec les indiens de la Sierra Nevada de Santa Marta en Colombie pour créer un pont par la culture avec une civilisation millénaire qui peut nous apprendre beaucoup en ces temps de chamboulement de notre société, c'est l'objet de cette petite vidéo faite en fin d'année par nos amis de Seïneken. Vous pourrez y voir nos "grands frères" (comme ils se nomment) les koguis et presque toute notre équipe :

Image_Youtube.png

Par ordre d'apparition) : Inocencio musicien kogui, Jimmy secrétaire de notre association et qui travaille depuis 25 ans avec les Koguis, moi-même, Juan-Pablo de Seïneken qui a réalisé cette vidéo, le mama mayor Counchacala qui a été formé pendant plus de vingt ans dans l'obscurité et le silence des grottes des sommets de la Sierra Nevada, le mama Mathias qui effectue une danse sacrée, beaucoup de Koguis hommes et femmes des villages de Tungueka et Yinkuamero, Mathilde notre bénévole et l'équipe de tournage de Seïneken (Juan-Pablo, Juanes et Diana).

Pour que l'aventure continue, ensemble !

lundi 22 janvier 2018

¡Luces en la Sierra!

Cuando empezamos el proyecto de película documental sobre las fiestas tradicionales de los indígenas Koguis, hace un año y a su demanda, dos objetivos emergían entonces: ayudar a los Koguis en su proceso de protección y de preservación de su cultura realizando un material vídeo, sonoro y fotográfico para ellos, y producir una versión “para el mundo” , portadora del mensaje que desean transmitir por fuera. Después de un año de trabajo, un rodaje en cuatro fases, una traducción Kogui-Español de las entrevistas realizadas y la primera edición, podemos decir que el primer objetivo se realizó en gran parte con este regalo de Navidad para los Koguis: una exposición fotográfica y una proyección de 40 minutos este último 25 de diciembre, en plena Sierra.

Esto era doblemente inédito para nosotros y para los Koguis del pueblo de Yinkuamero. Inédito porque en un pueblo a 6 horas de marcha de la primera toma eléctrica, los Koguis de Yinkuamero jamás habían tenido la oportunidad de un tal evento: una proyección cinematográfica sobre ellos, sobre su vida, su tradición y en su lengua. Inédito también porque los Koguis tuvieron experiencias decepcionantes con sus “hermanos menores” (nosotros no-indigenas) que a menudo les tomaron mucho sin darles nada a cambio: sus objetos de oro sin conocerlo ni comprender la dimensión espiritual, las imágenes y los vídeos, sus conocimientos sobre las plantas, las riquezas mineras de su territorio sagrado, etc. Es por eso que era importante para nosotros de comenzar con ellos: cumplir nuestra promesa y este compromiso en respuesta a su demanda.

Pues nos fuimos con material que funciona con batería en un morral "resistente al agua": un ordenador portátil, un vídeo-proyector y un pequeño amplificador:

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Algunos de ellos ya vieron teles en los negocios del pueblo no-indigena más próximo: Rio Ancho. Pero estas teles difunden imágenes, una cultura y valores que no son suyos, en una lengua que tampoco es suya. Esta noche, es su cultura que ven, sus imágenes, la voz de su mama que les cuenta en lengua kogui su historia, su sabiduría...

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Si este tipo de material audio, sonoro y fotográfico tiene vocación de ser conservado y ser difundido de nuevo en el centro educativo y cultural que pensamos crear, era importante dejarles también algo más tangible en el momento. Es por eso que, en lazo con la proyección, realizamos una exposición de 50 fotos que les dejamos. Allí también, la emoción y el interés son palpables:

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En cuanto a la versión del documental que será difundida hacia el exterior, trabajamos en eso actualmente y estamos en búsqueda de un productor.

Este proyecto, como los otros proyectos que llevan hoy sus frutos (ayudar a los koguis a encontrar plumas para renovar máscaras y coronas por ejemplo) condujeron a consolidar nuestras relaciones con este pueblo ancestral que se considera guardián del equilibrio de la Sierra (el corazón del mundo) y de la tierra. Quisimos traducir este encuentro, después de largas conversaciones con el mama mayor Juan Conchacala y los responsables de la comunidad, por dos actos fuertes de confianza mutua:

  • La integración en los estatutos de nuestra asociación colombiana de una frase que indica que " En cuanto a los proyectos y las acciones de la asociación, se debe consultar y buscar el acuerdo con las autoridades tradicionales de los mayores de los pueblos indígenas de la Sierra Nevada de Santa Marta."
  • la integración de Miguel Bolaño Nolavita (el indígena Kogui recientemente designado por las autoridades espirituales de la Sierra como encargado de la cultura del pueblo Kogui) en la junta de nuestra asociación colombiana.

Un bello camino que se dibuja y que queremos continuar, en el intercambio y la confianza...

Traducción: Mathilde Manifacier

mercredi 17 janvier 2018

Lumières dans la Sierra !

Quand nous avons entamé le projet de film documentaire sur les fêtes traditionnelles des indiens Koguis, il y a un an et à leur demande, deux objectifs émergeaient alors : aider les Koguis dans leur processus de sauvegarde et de préservation de leur culture en réalisant du matériel vidéo, sonore et photographique pour eux, et produire une version "pour le monde", porteuse du message qu'ils souhaitaient transmettre à l'extérieur. Après un an de travail, un tournage en quatre phases, une traduction Kogui-Espagnol des interviews réalisées et une première édition, nous pouvons dire que la premier objectif est en grande partie réalisé avec ce cadeau de Noël aux Koguis : une exposition de photo et une projection de 40 minutes ce 25 décembre dernier, en pleine Sierra.

Ceci était doublement inédit pour nous et pour les Koguis du village de Yinkuamero. Inédit parce dans un village à 6 heures de marche de la première prise électrique, les Koguis de Yinkuamero n'avaient jamais eu l'occasion d'un tel évènement : une projection cinématographique sur eux, sur leur vie, leur tradition et dans leur langue. Inédit aussi parce que souvent les Koguis ont eu des expériences décevantes avec leurs "petits frères" (nous, les non indiens...) qui souvent leur ont pris beaucoup sans leur donner rien en retour : leurs objets en or sans en connaître ni comprendre la dimension spirituelle, des images et des vidéos, leurs connaissances sur les plantes, les richesses minières de leur territoire sacré, etc. C'est pourquoi il était important pour nous de commencer par eux : tenir notre promesse et cet engagement en réponse à leur demande.

Nous voilà donc partis avec du matériel fonctionnant sur batterie dans un sac à dos "waterproof" : un ordinateur portable, un vidéo-projecteur et un petit amplificateur que nous installerons avec les moyens du bords:

Installation_du_materiel.png

Certains d'entre eux ont déjà vu des télés dans les échoppes du village non indien le plus proche : Rio Ancho. Mais ces télés diffusent des images, une culture et des valeurs qui ne sont pas les leurs, dans une langue qui n'est pas la leur. Ce soir c'est leur culture qu'ils voient, leurs images, la voix de leur mama qui leur raconte en langue koguie leur histoire, leur sagesse...

Projection_dans_la_Sierra.png

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Si ce type de matériel audio, sonore et photographique a vocation a être conservé et diffusé à nouveau dans le centre éducatif et culturel que nous pensons créer, il était important de leur laisser aussi quelque-chose de plus tangible sur le moment. C'est pourquoi, en plus et en lien avec la projection, nous avons aussi réalisé une exposition de 50 photos que nous leur avons laissées. Là aussi, l'émotion et l'intérêt sont palpables :

Expo_photos.png

Pour ce qui est de la version du documentaire qui sera diffusée vers l'extérieur, nous y travaillons actuellement et sommes à la recherche d'un producteur.

Ce projet, tout comme d'autres projets qui portent aujourd'hui des fruits (aider les koguis à retrouver des plumes pour rénover certains masques et couronnes par exemple) ont conduit à resserrer nos relations avec ce peuple ancestral qui se considère comme gardien de l'équilibre de la Sierra (le coeur du monde) et de la terre. Nous avons voulu traduire ce rapprochement, après de longues discussion avec la mama mayor Conchacala et les responsables de la communauté, par deux actes forts de confiance mutuelle :

  • l'intégration dans les statuts de notre association colombienne d'une phrase indiquant que "les projets et actions de l'association doivent se faire en cherchant l'accord des autorités traditionnelles des indiens de la Sierra Nevada"
  • l'élection de Miguel Bolaño Nolavita (indien Kogui récemment désigné par les autorités spirituelles de la Sierra comme chargé de culture du peuple Kogui) comme vice-président de notre association colombienne ; il ne s'agit plus que d'une désignation seulement symbolique puisque Miguel dispose d'une délégation de représentation légale de l'association.

Un beau chemin qui se dessine et que nous voulons continuer, dans l'échange et la confiance...

jeudi 21 décembre 2017

Recyclage, graines, plumes... : Ces autres projets

En cette fin d'année, je souhaitais vous plonger un peu dans l'univers de la Sierra Nevada de Santa Marta et de ces "petites actions" qui font notre quotidien et sur lesquelles nous n'avons pas encore communiqué.

Nous vous avons déjà parlé de certains projets en cours (Film-documentaire sur les fêtes d'été des indiens Koguis, ateliers d'éducation à l'écologie) ainsi que de notre projet à moyen-long terme de création d'un centre éducatif et culturel. Ce dernier pourrait contribuer à la reconnaissance, la sauvegarde et la transmission de la sagesse et de la culture des peuples premiers de la Sierra Nevada de Santa Marta. Mais au de-là de ces axes principaux - le projet de documentaire nous a beaucoup occupés ces derniers mois et nous entrons actuellement en phase d'édition - LA SEMILLA se trouve impliquée dans d'autres "petits projets" (aujourd'hui...) en fonction des nécessités et demandes qui se présentent à nous. C'est d'eux que nous voulons vous parler aujourd'hui.

Préliminaire : Des indiens coupés du monde ?

S'il est vrai que les indiens de la Sierra et les Koguis en particulier sont essentiellement autonomes au niveau alimentaire et culturel et ont délibérément très peu d'échanges commerciaux et non commerciaux avec "notre monde", le mythe de l'indien en blanc qui vit dans un paradis naturel coupé du monde est inexact. Les échanges avec la "civilisation " sont une réalité, en particulier pour les villages situés dans les parties basses de la Sierra parfois sur des terres restituées par le Gouvernement récemment, qu'ils soient:

  • échanges subis et violents : cela a été le cas des échanges avec les groupes armés illégaux (guerillas, paramilitaires et trafiquants de drogues) qui proliféraient jusqu'à une époque récente dans la Sierra Nevada. Les peuples de la Sierra en ont subi un lourd tribu (violences physiques et menaces, assassinats, viols). C'est aujourd'hui aussi le cas de nombreux projets portés par des multinationales (extractions minières, barrages hydroélectriques). Leur impact écologique souvent destructeur se confronte à la relation organique des "gardiens de la Sierra" avec leur territoire. Les violences indirectes qui résultent de ces derniers n'ont parfois rien à envier aux premières. Il est à ce sujet remarquable de constater que les peuples de la Sierra n'ont jamais pris les armes et ont toujours réagi à ces agressions de manière pacifiste et non violente.
  • échanges tolérés : il peut s'agir de l’État qui construit des écoles ou des centres de santé, du "Bienestar familiar" (service de l’État Colombien) qui distribue du lait en poudre ou des gâteaux aux enfants, ou même des évangélistes qui distribuent des lecteurs MP3 solaires avec des textes bibliques en langue koguie intégrés. Ce type d'échanges se situent en général dans les villages situés sur les parties basses de la Sierra, les autres étant difficiles d'accès. Ils sont tolérés par les indiens qui ne les approuvent pas pour autant.

Appareil_evangelisation.png

    Appareil d'évangélisation solaire distribué par des évangélistes
  • échanges souhaités : parce que les Koguis, Wiwas, Arhuacos et Kankuamos ont certains besoins et nécessité qu'ils n'arrivent plus à couvrir et aussi parce qu'ils souhaitent aujourd'hui "parler au monde" sur le respect de la nature en particulier, ils ont aujourd'hui certains échanges commerciaux (vente de mochillas ou de café par exemple) et culturels avec l'extérieur. Il est à noter que même ce type d'échanges peut s'avérer nocif : on peut parfois croiser dans les rues de Palomino ou Santa Marta un indien mendiant pour s'acheter une bouteille d'alcool.

L'échange est donc un thème délicat mais il est inévitable et déjà en cours. Nous souhaitons évidemment nous inscrire dans des échanges souhaités et "bons", même si l'usage de ce terme est délicat. Pour y parvenir, au de-là de notre discernement que nous voulons relié, nos projets sont consultés avec les autorités locales et spirituelles des peuples de la Sierra (les mamas) et en général émanent des Koguis eux-même. Nous travaillons actuellement à un renforcement et un approfondissement de cette relation afin de l'intégrer dans notre structure et dans nos processus de décision. Nous publierons bientôt un article pour expliquer comment cela se traduit concrètement.

Recyclage dans le village

Dans nos voyages dans les villages Koguis de la Sierra Nevada, nous avons pu confirmer que les villages Koguis des parties basses et même intermédiaires de la Sierra produisent des déchets non biodégradables. S'il est pour nous une évidence qu'un emballage plastique mettra jusqu'à 1000 ans pour se dégrader et que des piles électriques peuvent polluer gravement les sols et l'eau, cela ne l'est pas pour tous les indiens qui sont habitués à jeter leurs déchets organiques qui se dégraderont naturellement. Nous continuons donc un travail d'éducation et de ramassage de déchets qui avait déjà été initié il y a une vingtaine d'années par Jimmy, aujourd'hui membre actif de LA SEMILLA. Au mois d'août, nous avons ainsi réalisé, avec les enfants Koguis du village de Yinkuamero et à l'aide d'une brouette qui leur avait été donnée par le Musée du Caribe, un ramassage de déchets dans le village de Yinkuamero. Si la quantité de déchets ramassés reste peu importante au regard de la date de la dernière collecte (8 mois), un sujet plus préoccupant reste le nombre de piles qui jonchaient le sol.

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Elles proviennent de l'usage qui en est fait par les lampes torches. C'est, à notre connaissance et dans ce village, le seul appareil électrique utilisant des piles qui est aujourd'hui utilisé mais son usage est quotidien. Certaines de ces piles ont été ramassées jusque dans des cultures qui bordaient le village. Nous avons donc répété le message sur les dangers des piles électriques avec la présence et l'approbation du mamá qui nous prêtera sa mule pour descendre les sacs poubelles ramassés.

Las semillas (les graines...)

Le projet d'échanges de graines s'effectue en partenariat avec l'agronome Yuli Pelaez qui est en train de créer le premier réseau d'échanges de graines de la Sierra Nevada, avec les paysans locaux et les indiens. Ce projet s'inscrit dans un contexte de perte de savoir sur ce sujet et d'une nouvelle législation favorisant les graines certifiées vendues par des gros semenciers comme Monsanto (souvent hybrides F1 - la plante produit des semences sans rendement et oblige le paysan à racheter de nouvelles graines l'année suivante - quand elles ne sont pas génétiquement modifiées). La Semilla est intervenue comme intermédiaire pour permettre à Yuli Pelaez d'établir un partenariat avec l'association française KOKOPELLI, qui dispose d'une des plus grandes (sinon la plus grande) banque de semences libres et "bios" au monde (et donc non génétiquement modifiées ni hybrides F1). Ce partenariat a permis au projet d'adhérer au programme "Semences sans frontière" et de recevoir des semences libres, adaptées au climat et à l'environnement d'ici.

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Récemment un travail a été entamé par Yuli et La Semilla avec une famille Koguie établie près de Minca. Des échanges de graines et de savoirs ont été effectués en fonction des demandes de la famille Koguie.

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Un suivi et un accompagnement sont réalisés pour voir ce qui est planté, pousse et utilisé. Echanger, pour donner et recevoir...

Et le reste...

Le travail avec les indiens de la Sierra nous conduit aussi à les aider à obtenir certaines choses qu'ils arrivent difficilement à obtenir sans notre aide : du coton acheté sur le marché de Barranquilla pour le tissage des habits et des mochillas de type "Sugame" pendant que parallèlement un processus de récupération des cultures de coton a été initié pour retrouver autonomie et indépendance, des plumes de certains oiseaux devenus rares dans la Sierra et utilisées pour certaines danses sacrées (*), une démarche administrative, un conseil ou aide juridique, etc. Ce sont aussi toutes ces choses qui font notre quotidien.

(*) Nous évoquerons probablement ce sujet qui nous a beaucoup occupé, dans une publication prochaine sur ce même blog...

dimanche 1 octobre 2017

Assemblée Générale et Bilan 2016

Cet été a été l'occasion pour LA SEMILLA d'organiser un séminaire de trois jours et de réunir son Assemblée générale.

Nous y avons échangé sur nos nombreux projets et nous avons pris le temps, en plein 20ème arrondissement de Paris, de nous arrêter un peu pour contempler le chemin parcouru depuis la création de notre association. Le Bilan Moral 2016 relate ce chemin, qui continue aujourd'hui.

mardi 4 avril 2017

Ñikuma: l'esprit de la fête : "danser pour rétablir l'équilibre du monde..."

Comme nous l'avions annoncé, LA SEMILLA se lance dans un projet de film documentaire sur les fêtes traditionnelles des indiens Kogis, à leur demande. Une tradition millénaire qu'ils nous ont demandé de les aider à préserver et transmettre par ce moyen. Nous lançons aujourd'hui une campagne de financement participatif pour nous aider à donner vie à ce projet.

Découvrez ci-dessous la vidéo de présentation (teaser) :

Youtube-video.png

Cette fête, de tradition millénaire, revêt à la fois un caractère social, sacré où les danses et les musiques visent à rétablir les équilibres rompus de la nature, et aujourd'hui "thérapeutique post-conflit" où des scènes théâtrales visent à exorciser l'époque de violence qu'a traversée le pays. Ce peuple millénaire se considère comme "gardien de l'équilibre du monde" (*) depuis son territoire d'une extraordinaire biodiversité qu'ils appellent le "cœur du monde". Les kogis fascinent de part leur sagesse millénaire, leur non-violence au milieu de la violence et leur mode de vie cohérent et respectueux de la nature. C'est pourquoi quelques documentaires internationaux ont déjà été réalisés ces dernières années (BBC, National Geographic, France 2).

Néanmoins, cet aspect de central de leur culture - la fête annuelle du solstice - n'a pas été documenté. Nous avions déjà publié un billet sur le sujet l'été dernier, mais il n'existe pas encore de documentaire à notre connaissance. Il est pourtant d'un intérêt immense et porteur de message sur les risques de disparition d'une cultures précieuse, l'urgence de retrouver une relation harmonieuse avec la nature, la force des relation sociale, et la résilience pacifique en contexte de guerre. Ce projet a été initié à la demande des Kogis et en partenariat avec deux associations colombiennes (Ñikuma et Seineken).

Aujourd'hui nous avons réalisé ensemble une première montée dans la Sierra Nevada, pour une première étape au tournage : découverte et repérage, prise de contact pour l'association Seineken et premiers enregistrements vidéos et sonores. Voici trois quelques images de cette première montée :

Nikuma-Seineken-Semilla.png

L'équipe présente lors de la première sortie. De gauche à droite : Diana et Juan Pablo (de l'association Seineken), moi et Jimmy (guide et représentant de Ñikuma). Deux autres personnes devraient nous accompagner pour nos prochaines sorties : Mathilde (notre nouvelle bénévole) et Juan (cameraman de Seineken).

Subiendo__asno_.png Montée dans la Sierra...

Filmando_el_tambor.png Interview d'un joueur de tambour

Entrevista_Mamo.png Interview d'un jeune mamo (chaman, sage) sur le sens de la fête

Cette première montée a été entièrement financée sur fonds propres de notre association et grâce à l'énergie, au temps et à l'enthousiasme de l'ensemble de l'équipe. Nous lançons aujourd'hui une campagne de financement participatif (crowdfunding) qui nous aidera à le mener à bien, grâce à la plateforme de financement participatif de LA NEF (Zeste, première banque éthique de France). Soutenez-nous et aidez-nous à faire connaître ce projet ! C'est ici :

https://www.zeste.coop/fr/decouvrez-les-projets/detail/nikuma-lesprit-de-la-fete

'' (*) : Cette expression est inspiré par l'article de la chercheuse Carolina ORTIZ "Les gardiens de l’équilibre du monde. L’identité entre les groupes aborigènes de la Sierra Nevada de Sainte Marte", publié en 2004 dans les cahiers AHLIM de l'Université Paris.''

lundi 13 février 2017

El proyecto de La Semilla

Desde el inicio de este blog, se han publicado pocos artículos en español, la gran mayoría siendo en francés. Pues vamos a reparar poco a poco esta injusticia teniendo en cuenta que hoy LA SEMILLA es una asociación "franco-colombiana". Tres grupos se mueven juntos detrás del nombre LA SEMILLA : una asociación/fundación en Francia (Association LA SEMILLA), una segunda asociación recién nacida en Colombia (Asociación LA SEMILLA DE LA SIERRA) y un grupo "informal" en Madrid. Pero lo más importante : ¿ Que es nuestro proyecto ?

Nuestro objetivo es tejer un vínculo con los indígenas que habitan la Sierra Nevada de Santa Marta, en Colombia y crear un puente entre nuestras civilizaciones. El proyecto se articula alrededor de diferentes ítems : educativo, ecológico, cultural y artístico. Para ello, estimamos la creación de un centro educativo y cultural con el objetivo de realizar acciones con los pueblos indígenas de la Sierra nevada de Santa Marta, en Colombia. Esta región presenta la doble particularidad de ser uno de los lugares más ricos del mundo en biodiversidad (es la montaña más alta al borde del mar y presenta numerosas especies endémicas), así como de albergar en su seno una de las últimas civilizaciones precolombinas (los koguis y sus primos los arhuacos, wiwas y kankuamos).

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Es un lugar precioso que los indígenas llaman « el corazón del mundo », un paraíso que desafortunadamente se encuentra hoy amenazado por el desarrollo económico. Precisamente el mensaje de los indígenas se encuentra intrínsecamente ligado a la protección de la naturaleza.

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Nuestra asociación desea ser un lugar de intercambio entre las poblaciones que habitan esta región. Para ello, precisamos el apoyo y la participación de todos : en primer lugar de los actores locales indígenas y no indígenas, pero también de personas y de entidades internacionales. La Semilla se da como misión concebir y/o apoyar acciones que apunten a :

  • Transmitir enseñanzas de los pueblos ancestrales de la Sierra.
  • Apoyar y preservar la naturaleza y la cultura indígena ; decididas colectivamente, estas acciones beneficiarían a las poblaciones de la Sierra.
  • Eventos ecológicos, culturales y/o artísticos.

Estas acciones buscarán reconocer, transmitir, salvaguardar y difundir la sabiduría y los conocimientos ancestrales de estos pueblos millenarios. Actualmente sus tradiciones y prácticas artísticas y sagradas están aún vivas, pero se encuentran en peligro. Existe entonces la necesidad real de preservar esta preciosa cultura milenaria de los indígenas de la Sierra Nevada de Santa Marta. Para esto, acciones como la creación de una biblioteca y de un fondo documental, así como la realización de un documental sobre las fiestas tradicionales kogis, se encuentran, a la solicitud de los indígenas, en curso de realización. También se están organizando talleres de educación ambiental para niños en Minca.

Ustedes pueden ayudarnos en estos proyectos y en este trabajo de fondo : que sea con un aporte financiero (haciendo una donación) o juntándose a los voluntarios quienes nos dan de su tiempo, energía y entusiasmo, que sea en Francia, en España, en Colombia o hasta desde otro país (hoy con Internet se puede ayudar a distancia...). Para esto, nos pueden contactar por email (contact@lasemilla.paris).

Puede encontrar más detalles en nuestro sitio Internet en esta página.

mercredi 25 janvier 2017

France et Colombie : de la richesse et de la nécessité de l'échange...

La visite officielle de François Hollande en Colombie s'achève aujourd'hui. Si elle avait un caractère politique et historique pour le pays, qui n'avait pas vu de Président français depuis 28 ans, elle est peut-être aussi la traduction d'un lien ancien et de nouveau renforcé. Elle est aussi pour nous l'occasion de réaffirmer la nécessité de l'échange dans l'altérité, le défi du chemin de LA SEMILLA.

La visite du Président français s'inscrivait dans un contexte politique et culturel fort liant les deux pays : la France a décidé d'appuyer le processus de paix en marche en Colombie et cette année sera "l'Année France - Colombie 2017", marquée par des manifestations culturelles françaises en Colombie (1ère moitié de l'année) puis par des manifestations colombiennes en France (2nde moitié de l'année).

Dans son discours à la Résidence de France à Bogotá ce lundi 23 janvier, le Président français a donc beaucoup parlé du processus de paix, qualifié "d'exemple pour le monde" et de culture, très peu d'économie. Peut-être la liberté de celui qui sait qu'il va quitter le pouvoir...

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A un moment où je ne m'y attendais pas, au milieu de la foule excitée par les selfies avec le Président (désolé je n'en aurai pas à vous montrer), le chemin s'est ouvert et je me suis retrouvé face à lui. Il m'a alors serré la main et m'a demandé ce que je faisais en Colombie. Je lui ai répondu que j'étais président de l'association LA SEMILLA, qui travaille à la reconnaissance, la sauvegarde et la diffusion de la culture des indiens de la Sierra Nevada de Santa Marta. A ce moment j'ai vu l'Ambassadeur de France s'approcher et lui souffler à l'oreille "Oui, les indiens Koguis !". Cette brève intervention de l'Ambassadeur a retenu mon attention. J'ai alors pensé que ces peuples premiers de Colombie, longtemps méprisés et ignorés, commencent à capter l'attention, y compris des hommes politiques.

Alors, il est vrai que certains documentaires depuis celui d'Alan Ereira (From the hearth of the world, BBC) jusqu'au reportage récent de France 2 sur "Le trésor des Kogis" ont contribué à faire connaître l'étonnante richesse ancestrale des peuples premiers de la Sierra Nevada de Santa Marta à une frange minoritaire de la population. Maintenant, c'est peut-être autre chose qui se dessine...

Dans ce domaine aussi, les liens avec la France sont peut-être plus anciens et plus profonds que ce que l'ont pourrait penser. Si cela fait maintenant plus de 15 ans que je voyage régulièrement en Colombie (j'y vis depuis un an) et presque autant que m'intéresse aux indiens Kogis, c'est quelque-chose que je n'ai découvert que récemment. En effet, si les anthropologues souvent cités sont PREUSS ou DOLMATOV, les photos les plus anciennes répertoriées d'indiens de la Sierra sont celles du français Joseph de Brettes lors de son voyage en 1892-1893. Elle sont hébergées à BNF. Encore avant cela, le géographe français Elisée Reclus, subjugué par sa rencontre avec la Sierra Nevada et ses peuples premiers en 1855, publiait le livre Voyage à la Sierra-Nevada de Sainte Marthe. Nous en citons sur notre site internet sa magnifique introduction : https://www.lasemilla.paris/la-sierra-nevada/. Aujourd'hui encore, beaucoup de chercheurs non colombiens spécialistes des indiens de Colombie sont français ou travaillent pour des centres de recherche français (CNRS, notamment).

Alors, au de-là de son action sur le terrain, comment LA SEMILLA peut-elle contribuer à créer et renforcer cette connexion surprenante entre la France et la Colombie, entre la France et les civilisations millénaires et toujours vivantes de la SIERRA NEVADA ?. Étirant ainsi au plus loin et peut-être au plus profond le lien et la rencontre dans l'altérité ... Le bénévolat international est une réponse : le bénévole vient pour aider et donner quelque-chose de lui. Il repart enrichi et transformé et ramène alors des trésors dans ses bagages. Nous accueillons notre première bénévole française au mois de mars de cette année. La diffusion de documents en est peut-être une autre : nous commençons actuellement à travailler avec deux associations colombiennes et à la demande de deux villages kogis sur un projet de film documentaire sur leurs fêtes traditionnelles, sujet très peu documenté. Je m'y suis rendu lors de la précédente (cet été) et nous prévoyons de filmer la prochaine.

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Peut-être enfin en essayant de transmettre quelque-chose au travers d'évènements organisés par l'association parisienne. Même si cela est difficile...

Je me souviens d'un ami qui est venu récemment découvrir la Colombie et la Sierra. Il a été, je crois, très marqué par son voyage et me demandais à la fin de son séjour : "Mais comment je vais pouvoir raconter en France ce que j'ai vécu ici ?". Je lui ai répondu : "Raconte ce que tu pourras, le reste tu ne pourras pas le raconter...".

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