La visite officielle de François Hollande en Colombie s'achève aujourd'hui. Si elle avait un caractère politique et historique pour le pays, qui n'avait pas vu de Président français depuis 28 ans, elle est peut-être aussi la traduction d'un lien ancien et de nouveau renforcé. Elle est aussi pour nous l'occasion de réaffirmer la nécessité de l'échange dans l'altérité, le défi du chemin de LA SEMILLA.

La visite du Président français s'inscrivait dans un contexte politique et culturel fort liant les deux pays : la France a décidé d'appuyer le processus de paix en marche en Colombie et cette année sera "l'Année France - Colombie 2017", marquée par des manifestations culturelles françaises en Colombie (1ère moitié de l'année) puis par des manifestations colombiennes en France (2nde moitié de l'année).

Dans son discours à la Résidence de France à Bogotá ce lundi 23 janvier, le Président français a donc beaucoup parlé du processus de paix, qualifié "d'exemple pour le monde" et de culture, très peu d'économie. Peut-être la liberté de celui qui sait qu'il va quitter le pouvoir...

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A un moment où je ne m'y attendais pas, au milieu de la foule excitée par les selfies avec le Président (désolé je n'en aurai pas à vous montrer), le chemin s'est ouvert et je me suis retrouvé face à lui. Il m'a alors serré la main et m'a demandé ce que je faisais en Colombie. Je lui ai répondu que j'étais président de l'association LA SEMILLA, qui travaille à la reconnaissance, la sauvegarde et la diffusion de la culture des indiens de la Sierra Nevada de Santa Marta. A ce moment j'ai vu l'Ambassadeur de France s'approcher et lui souffler à l'oreille "Oui, les indiens Koguis !". Cette brève intervention de l'Ambassadeur a retenu mon attention. J'ai alors pensé que ces peuples premiers de Colombie, longtemps méprisés et ignorés, commencent à capter l'attention, y compris des hommes politiques.

Alors, il est vrai que certains documentaires depuis celui d'Alan Ereira (From the hearth of the world, BBC) jusqu'au reportage récent de France 2 sur "Le trésor des Kogis" ont contribué à faire connaître l'étonnante richesse ancestrale des peuples premiers de la Sierra Nevada de Santa Marta à une frange minoritaire de la population. Maintenant, c'est peut-être autre chose qui se dessine...

Dans ce domaine aussi, les liens avec la France sont peut-être plus anciens et plus profonds que ce que l'ont pourrait penser. Si cela fait maintenant plus de 15 ans que je voyage régulièrement en Colombie (j'y vis depuis un an) et presque autant que m'intéresse aux indiens Kogis, c'est quelque-chose que je n'ai découvert que récemment. En effet, si les anthropologues souvent cités sont PREUSS ou DOLMATOV, les photos les plus anciennes répertoriées d'indiens de la Sierra sont celles du français Joseph de Brettes lors de son voyage en 1892-1893. Elle sont hébergées à BNF. Encore avant cela, le géographe français Elisée Reclus, subjugué par sa rencontre avec la Sierra Nevada et ses peuples premiers en 1855, publiait le livre Voyage à la Sierra-Nevada de Sainte Marthe. Nous en citons sur notre site internet sa magnifique introduction : https://www.lasemilla.paris/la-sierra-nevada/. Aujourd'hui encore, beaucoup de chercheurs non colombiens spécialistes des indiens de Colombie sont français ou travaillent pour des centres de recherche français (CNRS, notamment).

Alors, au de-là de son action sur le terrain, comment LA SEMILLA peut-elle contribuer à créer et renforcer cette connexion surprenante entre la France et la Colombie, entre la France et les civilisations millénaires et toujours vivantes de la SIERRA NEVADA ?. Étirant ainsi au plus loin et peut-être au plus profond le lien et la rencontre dans l'altérité ... Le bénévolat international est une réponse : le bénévole vient pour aider et donner quelque-chose de lui. Il repart enrichi et transformé et ramène alors des trésors dans ses bagages. Nous accueillons notre première bénévole française au mois de mars de cette année. La diffusion de documents en est peut-être une autre : nous commençons actuellement à travailler avec deux associations colombiennes et à la demande de deux villages kogis sur un projet de film documentaire sur leurs fêtes traditionnelles, sujet très peu documenté. Je m'y suis rendu lors de la précédente (cet été) et nous prévoyons de filmer la prochaine.

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Peut-être enfin en essayant de transmettre quelque-chose au travers d'évènements organisés par l'association parisienne. Même si cela est difficile...

Je me souviens d'un ami qui est venu récemment découvrir la Colombie et la Sierra. Il a été, je crois, très marqué par son voyage et me demandais à la fin de son séjour : "Mais comment je vais pouvoir raconter en France ce que j'ai vécu ici ?". Je lui ai répondu : "Raconte ce que tu pourras, le reste tu ne pourras pas le raconter...".