En cette fin d'année, je souhaitais vous plonger un peu dans l'univers de la Sierra Nevada de Santa Marta et de ces "petites actions" qui font notre quotidien et sur lesquelles nous n'avons pas encore communiqué.

Nous vous avons déjà parlé de certains projets en cours (Film-documentaire sur les fêtes d'été des indiens Koguis, ateliers d'éducation à l'écologie) ainsi que de notre projet à moyen-long terme de création d'un centre éducatif et culturel. Ce dernier pourrait contribuer à la reconnaissance, la sauvegarde et la transmission de la sagesse et de la culture des peuples premiers de la Sierra Nevada de Santa Marta. Mais au de-là de ces axes principaux - le projet de documentaire nous a beaucoup occupés ces derniers mois et nous entrons actuellement en phase d'édition - LA SEMILLA se trouve impliquée dans d'autres "petits projets" (aujourd'hui...) en fonction des nécessités et demandes qui se présentent à nous. C'est d'eux que nous voulons vous parler aujourd'hui.

Préliminaire : Des indiens coupés du monde ?

S'il est vrai que les indiens de la Sierra et les Koguis en particulier sont essentiellement autonomes au niveau alimentaire et culturel et ont délibérément très peu d'échanges commerciaux et non commerciaux avec "notre monde", le mythe de l'indien en blanc qui vit dans un paradis naturel coupé du monde est inexact. Les échanges avec la "civilisation " sont une réalité, en particulier pour les villages situés dans les parties basses de la Sierra parfois sur des terres restituées par le Gouvernement récemment, qu'ils soient:

  • échanges subis et violents : cela a été le cas des échanges avec les groupes armés illégaux (guerillas, paramilitaires et trafiquants de drogues) qui proliféraient jusqu'à une époque récente dans la Sierra Nevada. Les peuples de la Sierra en ont subi un lourd tribu (violences physiques et menaces, assassinats, viols). C'est aujourd'hui aussi le cas de nombreux projets portés par des multinationales (extractions minières, barrages hydroélectriques). Leur impact écologique souvent destructeur se confronte à la relation organique des "gardiens de la Sierra" avec leur territoire. Les violences indirectes qui résultent de ces derniers n'ont parfois rien à envier aux premières. Il est à ce sujet remarquable de constater que les peuples de la Sierra n'ont jamais pris les armes et ont toujours réagi à ces agressions de manière pacifiste et non violente.
  • échanges tolérés : il peut s'agir de l’État qui construit des écoles ou des centres de santé, du "Bienestar familiar" (service de l’État Colombien) qui distribue du lait en poudre ou des gâteaux aux enfants, ou même des évangélistes qui distribuent des lecteurs MP3 solaires avec des textes bibliques en langue koguie intégrés. Ce type d'échanges se situent en général dans les villages situés sur les parties basses de la Sierra, les autres étant difficiles d'accès. Ils sont tolérés par les indiens qui ne les approuvent pas pour autant.

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    Appareil d'évangélisation solaire distribué par des évangélistes
  • échanges souhaités : parce que les Koguis, Wiwas, Arhuacos et Kankuamos ont certains besoins et nécessité qu'ils n'arrivent plus à couvrir et aussi parce qu'ils souhaitent aujourd'hui "parler au monde" sur le respect de la nature en particulier, ils ont aujourd'hui certains échanges commerciaux (vente de mochillas ou de café par exemple) et culturels avec l'extérieur. Il est à noter que même ce type d'échanges peut s'avérer nocif : on peut parfois croiser dans les rues de Palomino ou Santa Marta un indien mendiant pour s'acheter une bouteille d'alcool.

L'échange est donc un thème délicat mais il est inévitable et déjà en cours. Nous souhaitons évidemment nous inscrire dans des échanges souhaités et "bons", même si l'usage de ce terme est délicat. Pour y parvenir, au de-là de notre discernement que nous voulons relié, nos projets sont consultés avec les autorités locales et spirituelles des peuples de la Sierra (les mamas) et en général émanent des Koguis eux-même. Nous travaillons actuellement à un renforcement et un approfondissement de cette relation afin de l'intégrer dans notre structure et dans nos processus de décision. Nous publierons bientôt un article pour expliquer comment cela se traduit concrètement.

Recyclage dans le village

Dans nos voyages dans les villages Koguis de la Sierra Nevada, nous avons pu confirmer que les villages Koguis des parties basses et même intermédiaires de la Sierra produisent des déchets non biodégradables. S'il est pour nous une évidence qu'un emballage plastique mettra jusqu'à 1000 ans pour se dégrader et que des piles électriques peuvent polluer gravement les sols et l'eau, cela ne l'est pas pour tous les indiens qui sont habitués à jeter leurs déchets organiques qui se dégraderont naturellement. Nous continuons donc un travail d'éducation et de ramassage de déchets qui avait déjà été initié il y a une vingtaine d'années par Jimmy, aujourd'hui membre actif de LA SEMILLA. Au mois d'août, nous avons ainsi réalisé, avec les enfants Koguis du village de Yinkuamero et à l'aide d'une brouette qui leur avait été donnée par le Musée du Caribe, un ramassage de déchets dans le village de Yinkuamero. Si la quantité de déchets ramassés reste peu importante au regard de la date de la dernière collecte (8 mois), un sujet plus préoccupant reste le nombre de piles qui jonchaient le sol.

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Elles proviennent de l'usage qui en est fait par les lampes torches. C'est, à notre connaissance et dans ce village, le seul appareil électrique utilisant des piles qui est aujourd'hui utilisé mais son usage est quotidien. Certaines de ces piles ont été ramassées jusque dans des cultures qui bordaient le village. Nous avons donc répété le message sur les dangers des piles électriques avec la présence et l'approbation du mamá qui nous prêtera sa mule pour descendre les sacs poubelles ramassés.

Las semillas (les graines...)

Le projet d'échanges de graines s'effectue en partenariat avec l'agronome Yuli Pelaez qui est en train de créer le premier réseau d'échanges de graines de la Sierra Nevada, avec les paysans locaux et les indiens. Ce projet s'inscrit dans un contexte de perte de savoir sur ce sujet et d'une nouvelle législation favorisant les graines certifiées vendues par des gros semenciers comme Monsanto (souvent hybrides F1 - la plante produit des semences sans rendement et oblige le paysan à racheter de nouvelles graines l'année suivante - quand elles ne sont pas génétiquement modifiées). La Semilla est intervenue comme intermédiaire pour permettre à Yuli Pelaez d'établir un partenariat avec l'association française KOKOPELLI, qui dispose d'une des plus grandes (sinon la plus grande) banque de semences libres et "bios" au monde (et donc non génétiquement modifiées ni hybrides F1). Ce partenariat a permis au projet d'adhérer au programme "Semences sans frontière" et de recevoir des semences libres, adaptées au climat et à l'environnement d'ici.

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Récemment un travail a été entamé par Yuli et La Semilla avec une famille Koguie établie près de Minca. Des échanges de graines et de savoirs ont été effectués en fonction des demandes de la famille Koguie.

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Un suivi et un accompagnement sont réalisés pour voir ce qui est planté, pousse et utilisé. Echanger, pour donner et recevoir...

Et le reste...

Le travail avec les indiens de la Sierra nous conduit aussi à les aider à obtenir certaines choses qu'ils arrivent difficilement à obtenir sans notre aide : du coton acheté sur le marché de Barranquilla pour le tissage des habits et des mochillas de type "Sugame" pendant que parallèlement un processus de récupération des cultures de coton a été initié pour retrouver autonomie et indépendance, des plumes de certains oiseaux devenus rares dans la Sierra et utilisées pour certaines danses sacrées (*), une démarche administrative, un conseil ou aide juridique, etc. Ce sont aussi toutes ces choses qui font notre quotidien.

(*) Nous évoquerons probablement ce sujet qui nous a beaucoup occupé, dans une publication prochaine sur ce même blog...