Récemment notre association a été contactée par le lycée français de Bogotá pour initier un travail avec les élèves dans le cadre du "servicio social estudiantil" colombien (*). L'occasion de présenter à des élèves colombiens et français qui vivent dans une capitale moderne une culture millénaire, et peut- être d'initier un dialogue, une réflexion et de l'action. Le rendez-vous a donc été pris et nous avons entamé ce projet avec deux présentations dans les locaux du lycée, la seconde en présence du kogui Maurico Bolaño et de la chercheuse Carolina Ortiz. Adèle, Chloé et Samuel, en charge du service social au lycée, seront nos guides pour ces évènements.

Au mois de mars de cette année, je faisais donc une première présentation à un groupe d'élèves de classe de seconde du Lycée français de Bogotá, sous forme de dialogue et en deux parties : "La Sierra et les Koguis" puis "Le travail de La Semilla". Le but était d'abord de présenter ce lieu unique qu'est la Sierra Nevada de Santa Marta et ses habitants autochtones: les indiens koguis et leurs cousins wiwas, arhuacos et kankuamos. Mais il s'agissait aussi de montrer ce qu'est le travail d'une association et comment à un moment de sa vie, on peut choisir de s'investir un peu, beaucoup ou passionnément pour une cause en laquelle on croit. Certains des élèves connaissaient déjà un peu le sujet car ils ont choisi la thématique des "pueblos indigenas" pour leur service social, une jeune fille est même déjà allée dans la Sierra Nevada. D'autres non et semblent peu motivés. Comment les atteindre ?. La présentation prend rapidement la tournure d'un ping pong de questions-réponses et un dialogue s'installe. Parfois des surprises sur des aspects peu connus de la culture des peuples premiers de la Sierra: "Pour les koguis, la sexualité est sacrée.". Les adolescents sont en silence...

Ce mercredi 3 avril 2019, c'était un peu différent. J'étais accompagné de Mauricio, un jeune kogui qui étudie à Bogotá depuis quelques mois, Carolina, chercheuse ethnolinguiste en langue koguie de passage sur Bogotá et Diana qui aide notre association et prenait des photos de l’événement. Nous étions face à un amphithéâtre du lycée français.

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Mauricio parle de sa culture, s'appuyant sur quelques photos : l'eau et le respect de la nature, les fêtes ancestrale, le "poporro"... Il est à l'aise - dans cet environnement qui n'est pourtant pas le sien - et interpelle régulièrement les élèves par des questions.

Puis vient le tour de Carolina, qui présente un aspect central de la culture des peuples de la Sierra: la "mochilla" (sac) tissée par les femmes, en coton, en "fique" (fibre végétale native) ou en laine de brebis.

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Le travail de tissage est un travail artisanal (**) mais aussi un travail sur la pensée, un travail spirituel. Les femmes doivent avoir de belles pensées lorsqu'elles tissent disent parfois les mamás (autorités spirituelles koguis). Carolina nous raconte même après la présentation, que lorsqu'un Kogui décède, on l'enterre dans une grande mochila dont on laisse dépasser un cordon `la surface du sol. Après les rituels funéraires, au neuvième jour, on coupe le cordon...

Le temps passe vite et je décide de ne pas prendre la parole, convaincu qu'il y aura d'autres occasions, pour ouvrir un espace aux questions et à l'échange. Le micro circule. Des précisions sur la culture "Qu'est-ce que le poporo?" mais aussi des questions parfois difficiles. "Te sens-tu colombien ?" lance un élève à Mauricio. Maurico initie sa réponse avec un "oui", mais il finit par expliquer qu'avant la Colombie n'existait pas et que dans leur culture et leur langue ancestrale il n'y a pas de mot pour "colombien". Un dialogue intéressant et dans l'altérité entre des jeunes à la double culture, un représentant du peuple kogui, une chercheuse et un président d'association.

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Comme on dit en Colombie " ¡Ojala podamos seguir! ". Le Lycée français semble intéressé et nous aussi, pour poursuivre cette expérience la prochaine année scolaire.

(*) Le service social "estudiantil" colombien est obligatoire et consiste à faire connaître/participer les lycéens à des projets pédagogiques portant des valeurs sociales ou environnementales et à leur faire découvrir la dignité du travail pendant leur temps libre.

(**) Également pour les hommes qui tissent les habits sur des métiers à tisser traditionnels. Les femmes tissent les mochilas à l'aiguille.

Photos: Diana Forero, pour La Semilla.